La communication, censée être un pont entre les individus, peut parfois devenir un véritable labyrinthe d’incompréhensions et de malentendus. Entre les non-dits, les différences de perception et les barrières invisibles qui nous séparent, s’exprimer et être compris relève parfois du défi. La série Netflix, Love on a Spectrum explore cette complexité, plongeant au cœur des solitudes de personnes atteinte de trouble autistiques. L’émission de télé réalité suit plusieurs jeunes adultes autistes qui explorent les relations et les rencontres, pour certains, pour la première fois. Ils doivent apprendre à analyser les nuances et des décalages qui façonnent nos interactions.
Pendant un week end de binging, je me suis identifié à ces personnages. Je me suis senti stressé, gêné pour eux, en assistant à leur tentative maladroite de nouer des liens. Mais cela été aussi un moment pour moi de m’interroger sur mes propres difficultés.
Non, je ne suis pas autiste, je ne suis pas obsédé par la routine, je n’ai pas de difficulté systématique à l’autre. J’arrive à comprendre le langage implicite… j’ai plutôt tendance à multiplier les grilles de communication en m’y perdant parfois. J’ai cependant du mal à croire qu’un regard, une attention peut m’être destiné. Je sais interagir mais certaines relations m’intimident. Je n’ai pas de difficulté à soutenir le regard même si je me noie dans les yeux au point parfois de me sentir déconnecté et de suivre de loin une conversation avec laquelle j’interagis mécaniquement. On pense mon contact facile, j’adore faire entrer une nouvelle personne dans un groupe mais je me mets toujours en périphérie de ce groupe. Je me prends parfois la tête pour par grand chose, regrettant à posteriori une inaction face à une interaction qui restera à jamais un mystère.
Je n’ai pas de barrière neurologique aux autres mais certainement sociologique. Ainsi j’ai découvert récemment le concept de stress minoritaire.
Le stress minoritaire
Le stress minoritaire est un concept de psychosociologie qui a tente de comprendre un petit mieux pourquoi les gens qui grandissent et appartiennent à des minorités peuvent présenter des particularités de vulnérabilité psychologique ou sociale dans leur vie courante. Il peut toucher toutes les minorités, les minorités racisées, sexuelles… et peut se cumuler selon les pluri-appartenances.
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C’est un stress qui peut agir en soi, en fonction de ce qu’on a traversé en se construisant enfant, adolescent. Le stress minoritaire se traduit à la fois par un stress du vécu et un stress ressenti. Un stress du vécu, les agressions ou micro agression de la vie, les discriminations, les violences, les critiques. Mais surtout un stress ressenti qui s’établit dans le comportement, le ressenti des choses, une anxiété latente. Conscient précocement de leur différence, les personnes queer vont apprendre à se sur-adapter, jouer à l’hétéro, internaliser une certaine homophobie, se conformer aux attentes des autres pour se protéger ou ne pas être rejeté, développer une hyper attention, maintenir une vigilance accrue. Elle peuvent intérioriser les valeurs de la société dominante au détriment de faire valoir ses propres envies. Ce double jeu, où on a parfois du mal à se positionner face aux autres, demande beaucoup d’énergie qui nécessite parfois de se retrouver en communauté pour se lâcher de toutes les barrières érigées pour se protéger et parfois abuser de drogues.
Le stress minoritaire favorise l’internalisation, une traversée du désert tout seul dans sa tête, la peur de l’attachement, du jugement. Il a des impact sur la valeur qu’on se donne, l’estime de soi, la confiance en soi. Le rapport aux autres peut rester superficiel, on a du mal à partager son intimité. A cause du stress minoritaire, pour beaucoup de gays et de queers, l’intimité peut n’être perçue que par le corps et par la séduction. Il y a une carapace sexualisée qui cherche à entrer en relation. Il peut impacter directement la capacité à se connecter à l’autre en créant de l’auto sabotage, en ayant des difficultés à montrer sa fragilité, parler de soi et exister dans un groupe.
Je comprends maintenant un peu mieux cette inquiétude face à de nouvelles relations, surtout quand l’intime est en jeu. Je peux aussi décrypter pourquoi j’ai pu avoir des comportements compulsifs à l’alcool dans certaines occasions sociales. J’ai toujours interprété cela comme une nécessité des relations humaines, les abstentionnistes étaient voué à des vies réglées dans des petits conforts. « Les hétéros vivent dans le confort des foyers familiaux après s’être rencontré au bac à sable » ai-je coutume de dire. Le contact est plus difficile quand on est en situation de rencontre perpétuelle avec toujours de nouveaux étrangers avec lesquels il faut trouver des points communs. Et l’alcool peut être ce point commun. Il permet de franchir des barrières culturelles, sociologiques.
Mais au fond il est vrai que l’alcool est aussi un moyen de relâcher cette hypervigilance qu’est le stress minoritaire. Et on peut apprendre à s’en défaire.
Ce que je retiendrais aussi de Love on a Spectrum c’est la facilité parfois de résoudre un conflit en toute naïveté, en toute simplicité. Et de voir que finalement, rien n’est grave. Dire les choses comme on le pense sans cacher sa fragilité. Ne pas suivre ces guides de la séduction online qui ne me correspondent pas.
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