Le mal n’existe pas, un débat écologiste

Dans Le Mal n’existe pas, Ryūsuke Hamaguchi met en scène l’affrontement silencieux entre une communauté rurale et un projet de « glamping » destructeur pour l’environnement. À travers ce récit minimaliste, le film fait écho aux luttes écologistes contemporaines.

« Le Mal n’existe pas » est un film japonais réalisé par Ryūsuke Hamaguchi, sorti en 2023. Il met en scène Takumi, un veuf vivant avec sa fille de 8 ans, Hana, dans le village paisible de Mizubiki, entouré de forêts japonaises. Leur quotidien est rythmé par une harmonie avec la nature environnante. ​ L’intrigue débute lorsque des représentants d’une entreprise tokyoïte proposent aux villageois la création d’un site de « glamping ».

Le glamping provient d’une contraction des mots glamour et camping, c’est en fait un camping de riches. dont le concept fait fureur. Vivez l’expérience du grand air et de la vie sauvage tout confort : yourtes luxueuses, barbecues dernier cri et gardiennage garanti 24h/24. Les habitants de la petite commune rurale de Mizubiki, près de Tokyo, n’en ont jamais entendu parler. Ils accueillent avec circonspection les promoteurs immobiliers qui viennent leur présenter le projet de construction du complexe dans le parc naturel voisin.

L’une des séquences centrales du Mal n’existe pas consiste en une réunion publique où les habitants d’un hameau de la campagne japonaise prennent connaissance du projet. C’est ce passage qui a motivé ce post, j’ai trouvé que cet extrait détaillait raisonnablement dans le calme des problèmes sérieux sous-jacent à la mise en place de la nouvelle activité touristique.

Les discussions s’axent autour de l’emplacement de la fosse septique qui nuirait à une source d’eau potable, essentielle pour le village ainsi que pour les territoires en aval. On peut penser ici aux problématiques de l’écologie politique où l’eau devient un sujet social, du conflit de la préservation de la ZAN Notre Dame des Landes ou contre les mégabassines. Pendant ce débat, assez ironiquement, l’un deux agents de communication employés par la société de glamping se désaltère avec l’eau d’une bouteille en plastique.

Certains peuvent voir dans cette séquence une critique du capitalisme. Les communicants viennent avec de beaux powerpoint vendre du rêve à des paysans, qu’on pourrait considérer comme aisément manipulables. Takahashi et Mayuzumi satisfont artificiellement à l’obligation de faire vivre un débat local qu’ils tentent de verrouiller avec des techniques de management marketing agrémenté d’une novlangue insupportable (feedback, optimisation, projet d’avenir, investissement durable).

Mais ici, par la définition du titre du film, « Le mal n’existe pas ». On renoue avec cette culture japonaise qui aime à présenter une certaine complexité humaine aux antipodes d’une vision moraliste, binaire, teintée d’influence judeo chrétienne.

Le film n’est pas une dénonciation facile d’un complot de businessman mais une présentation de personnages embarqués dans leur propre logique rationnelle qu’il est difficile de remettre en cause. Il y a la logique économique bien sûr : Il faut aboutir au plus vite pour être en pointe sur le marché et bénéficier des subventions temporaires.

Mais aussi la logique sociale, les projets de vie individuelle que les deux communicants exposeront un peu plus tard au cours d’un trajet intimiste en voiture.

Le mal n’est pas conscient, il a pour origine une ignorance crasse des réalités locales, doublée d’une arrogance. Il n’est pas réservé au camps des promoteurs. Il est diffus. La forêt, lieu de promenade de Takumi et de sa fille Hana, subit des attaques sporadiques, inexpliquées, des chasseurs. La révolte des habitants de Mizubiki, calmes en apparence, peut déboucher sur le pire pour protéger ce paradis figé. Ils sont pourtant conscients de la nécessité d’évolution et de leur propre impact sur l’environnement. Ce que résume Takumi : « Tout est une question d’équilibre. Si vous en faites trop, il sera rompu. Ne l’avons-nous pas déjà rompu nous-mêmes, en nous installant là cinquante ans plus tôt ? »

Le film de Hamaguchi instille du politique dans un film dont il faut dire qu’il est intensément contemplatif. C’est par un long drone shootting tourné vers le ciel que le spectateur découvre la forêt surplombant le village de Mizubiki, épicentre du récit. On se laisse porter par de magnifiques paysages et leur poésie, visuelle et verbale, où un Takumi égrène avec sa fille, Hana, le nom des arbres : « cornouillers, mélèzes, pins, ginseng de Sibérie, érables à feuilles de vigne ». Une magnifique scène où l’on voit en avant plan des enfants figés, justifiée par une partie d’un deux trois soleil, traduit une sorte de symbiose dans un temps suspendu. De très longs plans séquences, qui révèlent des jeux d’acteurs très maîtrisés, renforce encore cette ambiance.

Le film est encore visible sur Mycanal.

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