Le New York Times amorce la première critique sérieuse des confinements Covid

Alors qu’il semble encore impossible en France de discuter de ce sujet, Le New York Times dans son podcast the Daily du 19 mars 2025 entrouvre le débat sur la gestion de la politique de confinement du Covid 19 en invitant deux politistes de renom, officiant à l’université de Princeton et qui viennent de publier une livre sur le sujet « In Covid’s Wake: How Our Politics Failed Us« . Non seulement les politiques de confinement n’ont pas eu les succès escomptés mais elles ont fragilisé les démocraties et peuvent expliquer l’échec des démocrates aux Etats-Unis et de la gauche ailleurs.

L’animateur Michael Barbaro admet que le podcast n’a pas pour habitude de donner la parole à des universitaires préférant l’échange entre journalistes mais l’importance du travail d’analyse des deux grands professeurs de science politique de Princeton a nécessité une exception. Dans une émission d’une durée inhabituelle de 50 minutes, Michael Barbaro invite les professeurs Stephen Macedo et Frances Lee présenter leurs conclusions sur la politique sanitaire mise en place pendant l’épidémie de Covid 19 de 2020.

Les auteurs de « In Covid’s Wake: How Our Politics Failed Us » ne sont pas ce qu’on pourraient rapidement qualifier de complotiste afin de disqualifier leur discours. La professeur Frances Lee est une référence sur l’élaboration des politiques publiques. Le professeur Stephen Macedo lui étudie les mécanismes de la démocratie.

Il est intéressant de noter qu’à la genèse du projet, Stephen Macedo souhaitait réfléchir sur l’insuffisante réflexion des progressistes sur certains sujets comme l’immigration, l’avortement et bien entendu la gestion du Covid. Une absence de réflexion qui mène à une fuite du débat, au refus d’entendre les arguments contradictoire. Puis confronté à l’ampleur des questions que soulevaient la gestion covid, il a préféré s’en tenir à cette question.

La réponse est moins évidente qu’il n’y parait car comme l’ont constaté Stephen Macedo et Frances Lee il y a (toujours ?) une absence de réflexion critique sur le sujet. C’est pour cela que les auteurs se sont engagés dans une analyse rigoureuse des choix politiques, des délibérations, les erreurs qui ont été faites durant la pandémie et plus profondément s’interroge sur comment les institutions, censées nous aider à identifier et corriger nos erreurs, à rechercher la vérité sur des sujets difficiles, le journalisme, la science, l’université, ont fonctionné pendant la période du Covid 19.

Pour eux, cet environnement institutionnel a été défaillant. « Il y a eu un consensus politique prématuré. Une réticence à réexaminer les hypothèses. Une intolérance vis-à-vis des critiques et des points de vue divergents. Et cela a nui : à nos politiques, à notre capacité à ajuster notre cap en fonction de ce que nous apprenions. » « Il semblait presque immoral ou déplacé de poser des questions sur la faisabilité ou la pertinence des mesures avancées » La réponse aurait du être une implication de l’ensemble du gouvernement et de la société mais la délibération normale qui accompagne des décisions d’une telle importance n’a pas été entreprise.

Stephen Macedo rappelle qu’il y avait bien de nombreux documents de planification pandémique avant le Covid, anticipant les pandémies respiratoires. En 2019, l’OMC avait déjà passé en revue les mesures non pharmacologiques, sociales (la distanciation, les fermetures d’école, le port du masque, les quarantaines obligatoires, l’interdiction de rassemblements publics, l’hygiène personnelle…). Si la nécessité de rechercher un vaccin a toujours été admis par tous, toutes ces mesures sociales ont fait l’objet de vifs débats. Les documents préparatoires indiquaient qu’elles seraient très coûteuses. On savait que la fermeture des entreprises aurait des conséquences sur les moyens de subsistance des travailleurs. On savait aussi qu’il y aurait des problèmes psychologiques, familiaux. Isoler des êtres humains qui sont des créatures sociales, entraîne toute une série d’effets secondaires. Or tous les plans indiquaient qu’aucune preuve solide ne pouvait justifier un tel isolement. Après avoir examiné toutes les mesures, une par une, l’impact était considéré comme très faibles. 4 mesures étaient d’ailleurs totalement discréditées : la mise en quarantaine des personnes exposées, la fermeture des frontières, les contrôles d’entrée et de sortie et le traçage des contacts. L’OMS n’était pas la seule institution à avoir évalué les mesures sociales, on peut aussi citer les études de l’institut John Hopkins ou encore les rapports britanniques de… 2011. Quand la pandémie a éclaté, on a enjoint à toutes les populations de suivre les préconisations des scientifiques, mais il n’y avait aucun corpus solide pour soutenir les décisions prises.

Pourquoi ces mesures ont tout de même été mises en place ? Parce que l’OMS a par la suite rédigé un rapport élogieux sur la politique chinoise de confinement sans relever les caractéristiques autoritaires du régime chinois qui ne supporte pas la critique. Ce modèle a, par la suite, été repris par un pays démocratique l’Italie

Pour la professeur Frances Lee, au cœur de la crise, avec la pression du public et le sentiment de catastrophe imminente, les politiques ont cédé pour beaucoup à la pensée magique devant les partisans des mesures sociales qui présentaient des résultats optimistes. A l’époque, « on parlait d’aplanir la courbe épidémique en deux semaines« . Un optimisme qui s’est fracassé à la réalité les mois suivants. Il n’y a eu aucune réflexion à long terme, on pensait ces mesures très temporaires. Toute l’attention s’est portée sur le nombre de mort, oubliant les autres questions qui n’étaient plus mises en avant par les responsables politiques et les experts en santé publique.

« La réussite des mesures de santé publique dépendent de l’adhésion du public. Or il n’y a pas eu assez de délibérations publiques. Trop de pouvoir a été accordé à un petit groupe d’experts, principalement en santé publique et en épidémiologie. Il aurait fallu une discussion plus large, impliquant des spécialistes issus de disciplines variées, et surtout impliquant toute la société. C’est aux individus qu’on demandait des sacrifices. Ils avaient leur mot à dire, la possibilité d’arbitrer entre les risques et leurs valeurs : devaient ils rendre visite à leurs personnes âgées à l’hôpital ? Etait-il raisonnable d’aller à l’église le dimanche, de refuser d’assister aux funérailles ? » Ce débat était d’autant plus crucial que la répartition des sacrifices était inégalitaire. « Certains ont dû souffrir pour protéger les autres. Les travailleurs dits « essentiels » n’étaient pas protégés par les mesures. On leur a demandé de porter à eux seuls le fardeau social de la pandémie.« 

« Les mesures ne visaient pas à sauver tout le monde. Au mieux, elles ont pu en sauver certains. Mais la question aujourd’hui, est : en ont-elles vraiment sauvé ? Car quand on regarde les données, les États qui ont imposé les restrictions les plus strictes ne s’en sont pas forcément mieux sortis.« 

Pourtant, alors que les chiffres sont mauvais, malgré la multiplication des injonctions à respecter les confinements ou les ordres de rester à la maison, les responsables de santé ont montré très peu de tolérance à rouvrir le débat sur ces mesures sociales et sur la nécessité de changer de cap comme en témoigne la réception de la déclaration de Great Barrington d’octobre 2020.

La déclaration de Great Barrington a été rédigée par trois scientifiques de Stanford, Harvard et Oxford — des noms connus, avec de solides antécédents de publication. Ils étaient inquiets du coût des fermetures, et de la charge disproportionnée supportées par les travailleurs essentiels et les enfants. Au lieu de fermer toute la société, ils souhaitent concentrer les efforts de protection sur les populations vulnérables. On savait que la vulnérabilité au COVID était très inégalement répartie dans les populations notamment au détriment des plus âgés. La déclaration de Great Barrington était un plan stratégique très clair, une approche alternative qui invitait à multiplier les test autour des personnes âgées, à organiser les services pour les aider à faire les courses, limiter les risques. Ces auteurs ont été dénoncés, attaqués personnellement et moralement par le plus haut niveau de la communauté scientifique américaine. On les a accusé de promouvoir une stratégie d’immunité collective, de vouloir laisser le virus se répandre au prix de centaines de milliers de morts. Les emails des officiels dont on a connaissance aujourd’hui préconisaient de leur infliger une « démolition rapide et dévastatrice ».

La disqualification de ces préconisations serait compréhensible si les mesures mises en place fonctionnaient. Or elles ne protégeaient pas les travailleurs essentiels et le virus qui devenait endémique continuait à circuler.

C’est à ce moment là qu’on a observé des premières divergences politiques dans la gestion du Covid entre les états fédérés des Etats-Unis. « Au départ, la plupart des États ont adopté des ordres de confinement. 43 États ont imposé de rester à la maison. Les 7 autres ont, pour la plupart, fermé largement leurs entreprises. Ces mesures étaient immensément populaires : environ 87 % des Américains les soutenaient au moment de leur mise en œuvre. Mais ensuite, on a commencé à voir une divergence politique. Les États à tendance démocrate ont maintenu leurs mesures deux fois et demie plus longtemps que les États à tendance républicaine. Ils ont rouvert les écoles beaucoup plus tard, maintenu des fermetures plus longues pour les entreprises, imposé des règles plus strictes sur la restauration en intérieur, etc. Or malgré ces différences, alors que l’on commençait à vacciner les populations, il n’y avait pas de différence notable dans la mortalité liée au COVID entre ces États démocrates et les autres. Et nous avons contrôlé les facteurs comme la structure d’âge, le taux d’obésité, le degré d’urbanisation, etc.« 

Stephen Macedo fait remarquer qu’en général, les mesures sociales de lutte contre le Covid ont réduit légèrement la transmission du virus. « Même les études les plus optimistes ne montrent pas une baisse significative des décès. Le virus circulait trop efficacement. Même si on réduisait la transmission de 15 %, cela n’a pas permis de sauver beaucoup plus de vies. Les confinements étaient pleins de brèches. Les mesures de distanciation étaient poreuses. Un tiers des travailleurs devaient continuer à travailler pour maintenir l’alimentation, l’électricité, les soins, etc. Il était impossible de confiner réellement toute l’économie ou toute la population active.« .

Et Frances Lee d’ajouter : « Par ailleurs, on ne savait pas exactement quand le virus était arrivé aux États-Unis. Des anticorps trouvés dans les banques de sang indiquent qu’il circulait déjà en décembre 2019, donc depuis plusieurs mois avant les premiers confinements. Les données de mobilité des téléphones portables montrent que les confinements s’effondraient au bout de quelques semaines. Ce n’est pas soutenable pour les êtres humains. Les gens ne peuvent pas rester enfermés indéfiniment. Aucune preuve solide ne permet de conclure à une réduction de la mortalité liée au Covid« 

Par contre, les autres autres coûts pour la société sont extrêmement vastes. Toute la société a été affectée. « Nous avons vu des baisses d’apprentissage inédites, mesurées par des indicateurs établis de longue date. L’absentéisme chronique a doublé à l’échelle nationale — et reste élevé. Les écarts de réussite scolaire entre les élèves favorisés et défavorisés se sont creusés et ils ne se sont pas encore résorbés. En 2020, la réponse COVID a représenté, en part du PIB, l’équivalent du New Deal et du plan de relance de 2009 réunis. Et en 2021, on a refait un deuxième New Deal. Cela représentait 10 % du coût total de la mobilisation américaine pendant la Seconde Guerre mondiale (1943). Et seulement 10 % de ces aides ont été affectés à la santé. La majorité est allée à soutenir les entreprises et les particuliers pendant les fermetures« .

« Ce n’est pas à nous seuls de dire ce qu’il fallait faire. Ce sont des décisions sociétales, mondiales« . Mais au regard des sommes dépensées, on ne peut s’empêcher de penser qu’on aurait pu faire autrement avec ses moyens. Et à l’inverse, admettre que tout ça n’a servi à rien est extrêmement difficile à admettre. « Je pense que c’est pour ça que beaucoup hésitent encore à revenir sur ce qui s’est passé » conclut Frances Lee.

Alors qu’on a qualifié un peu vite tous ceux qui questionnaient les politiques mises en place contre le Covid de complotistes, les auteurs relèvent que c’est le manque de transparence et le refus de se remettre en question qui nourrissent les théories du complot. Si les gouvernements avaient reconnu ces questionnements comme légitimes et avaient permis le débat, peut être auraient ils perdu un peu de la confiance nécessaire à leur autorité, mais ils auraient aussi pu en bénéficier.

Voir le script de l’émission en français, traduit rapidement via ChatGPT. Script original en Anglais.

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